Je vais rentrer au Conseil de l’Ordre des médecins


Chers amis,

Idiot que je suis.

Moi qui m’escrime à compiler tous les jours des études scientifiques, à rencontrer des soignants, à réaliser des entretiens avec des thérapeutes afin de rendre accessibles des solutions de santé au plus grand nombre…

… Alors que je mènerais grand train si j’étais membre du Conseil de l’Ordre des médecins !

A l’heure actuelle, je bénéficierais déjà d’une villa avec piscine à Nice, d’un budget open-bar en frais de limousine et d’une ardoise magique dans tous les restaurants gastronomiques de France et de Navarre, avec enveloppe illimitée en vins fins !

A ce traitement-là, je vais rentrer au Conseil de l’Ordre ! Je serai à l’abri du besoin, c’est le moins qu’on puisse dire.

Tous ces privilèges d’un autre temps ne sortent pas de mon imagination fertile mais… d’un rapport de 1500 pages de l’Inspection générale des finances, qui recommande ni plus ni moins que « de dissoudre le conseil départemental de l’Ordre des médecins ».

Mais c’est tout le Conseil de l’Ordre qui est corrompu jusqu’à la moelle, comme le révèle Le Canard enchainé, qui a pu accéder au rapport de l’Inspection générale des finances, et a publié un compte-rendu effarant dans son édition d’avant-hier[1].

Car enfin, de quoi parle-t-on ?

D’une institution privée qui se présente comme garante de l’éthique médicale, chargée de surveiller les dérives, de prévenir les abus, de protéger les patients.

Une mission qui relève, de fait… du service public.

Une mission essentielle, qui exige exemplarité, et non de servir grassement des intérêts personnels.

Et pourtant.

Ce que révèle ce rapport, c’est une anomalie devenue système : une structure privée, financée par les cotisations des médecins, investie d’un rôle quasi régalien… mais fonctionnant sans les exigences, ni les contrôles, ni la transparence que l’on est en droit d’attendre d’un organisme d’intérêt général.

Et profitant éhontément de cet « état d’exception ».

Une institution qui, loin de se contenter de remplir sa mission, semble surtout s’être installée dans un confort très particulier, un « entre-soi » et une distribution généreuse d’avantages qui n’a rien à envier à nos politiques les plus corrompus ni à nos mafieux les plus décomplexés (qui sont parfois les mêmes, ne nous leurrons pas).

Chaque année, les 341 000 médecins français versent leur cotisation à l’Ordre. 335 euros pour les actifs, 95 euros pour les retraités. Au total ? Un budget d’environ 111 millions d’euros par an.

111 millions, c’est un gros gâteau, en particulier pour une structure privée investie d’une mission de service public : encadrer la profession, veiller à l’éthique, prévenir les dérives.

Sur le papier, cela impose une rigueur irréprochable.

L’Inspection générale des finances s’est donc penchée sur les comptes du Conseil de l’Ordre, afin d’enquêter pour savoir comment ce gâteau était employé.

Et ce qu’elle décrit ressemble moins à une institution austère qu’à un club très confortable, où le bakchich est roi et prend la forme des apparats du luxe le plus éhonté.

Des indemnités qui atteignent des millions, sont régulièrement revues à la hausse, tandis que dans le même temps des exonérations sont prononcées sous des prétextes pour le moins surprenants (« phobie administrative ! » sic)

Des notes de frais individuelles à plusieurs milliers d’euros, incluant gastronomie, déplacements, dépenses difficilement justifiables : comment une conseillère de l’Ordre peut-elle honnêtement justifier 15 000 euros de frais de taxi en une seule année ?!!

La (superbe) cerise sur le gâteau, c’est la villa avec piscine, acquise pour 4 millions d’euros.

On parle bien ici d’un organisme censé surveiller les dérives des médecins.

Pas d’un groupe hôtelier, ni d’influenceurs confortablement installés à Dubaï, ou de narco-trafiquants vivant « honnêtement » de leur dur labeur…

Pendant ce temps-là, le Conseil de l’Ordre fait-il au moins son travail ! Même pas !

Comment une structure financée par des cotisations obligatoires, investie d’un rôle quasi-public, peut-elle fonctionner avec une telle légèreté ?

Mais le plus dérangeant n’est pas encore là.

Le plus dérangeant, c’est le manquement complet au rôle même de cette institution.

Le Conseil de l’Ordre des médecins est censé enquêter sur les conflits d’intérêts, les fautes déontologiques, les abus.

Autrement dit : faire la police.

Au lieu de ça, cette organisation est aujourd’hui dénoncée pour ses pratiques, sa gestion, son absence de contrôle réel.

C’est l’exacte définition de « l’hôpital qui se fout de la charité ».

Le comble de l’hypocrisie ne s’arrête pas aux notes de frais.

L’IGF relève que l’Ordre ne remplit pas sa mission première : les plaintes contre les médecins fautifs ne sont pas traitées correctement, les manquements déontologiques ne sont pas sanctionnés.

L’exemple le plus glaçant est celui du chirurgien Joël Le Scouarnec, condamné à 20 ans de prison l’an passé pour viols et agressions sexuelles sur près de 300 jeunes patients[2].

L’Ordre avait été saisi 20 ans plus tôt. Il n’a jamais agi.

« Cela illustre la défaillance majeure de l’action disciplinaire de l’Ordre », écrit l’IGF dans son rapport.

Ainsi, pendant que des victimes attendaient justice, l’Ordre commandait des grands crus de Bordeaux.

Pendant que des médecins criminels continuaient d’exercer, l’Ordre réservait la business class.

Ou bien, plus dégueulasse encore, poursuivait, harcelait et persécutait des médecins dont le seul crime était de proposer des chemins de santé s’écartant de la doxa idéologique édictée par l’industrie pharmaceutique.

Des médecins, ainsi persécutés, j’en ai rencontré plusieurs. Leurs histoires se ressemblent : ce sont des intimidations de nature mafieuse, des contrôles fiscaux pouvant aller jusqu’à la garde à vue ( ! ) pour tenter de détruire des carrières.

Certains ne s’en relèvent jamais.

Ceux qui s’en relèvent ne se font plus aucune illusion sur la probité de l’Institution censée défendre leurs intérêts et garantir leur déontologie.

Nous sommes là face à une institution qui représente la corruption à l’état pur.

Et, pour une fois, c’est enfin un organe de l’État, l’Inspection générale des finances, qui lève le lièvre et demande ni plus ni moins que la dissolution du Conseil de l’ordre de Paris, qui caracole en tête de ces abus mafieux, après une succession de fraudes.

Je vous invite à appuyer cette recommandation de l’IGF en signant et partageant la pétition ci-dessous.

Je signe la pétition

Portez-vous bien,

Rodolphe


[1] Fanny Ruz-Guindos & Louise Colvert, « Le Conseil de l’Ordre des médecins malade sous tout rapport », in Le Canard enchaîné, 18 mars 2026

[2] https://www.lemonde.fr/societe/article/2025/07/18/affaire-le-scouarnec-information-judiciaire-ouverte-pour-non-empechement-de-crime_6622026_3224.html – « Affaire Le Scouarnec : information judiciaire ouverte pour non-empêchement de crime », in. Le Monde, 18 juillet 2025



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